Bonjour aux anciens de Sarcelles et à nos successeurs.
Je m'appelle Didier Braun. J'ai été en classe de 4e en terminale à Sarcelles (1963 à 68): Bac 68 et champion d'académie de foot 67!
C'est bien volontiers que je viens témoigner des périgrinations d'un "littéraire" - enfin, le mot me paraît un peu pompeux - issu du lycée de Sarcelles... et qui en est sorti!
A vrai dire, pendant ma scolarité sarcelloise, je n'ai pas eu l'impression d'être un littéraire. Dans les années 60, la bifurcation se faisait en fin de 3e. M'étant pris les pieds dans le tapis des maths cette année-là (1965), je me suis retrouvé en littéraire, avec trois ou quatre garçons au milieu des filles (est-ce que cela a changé?).
Au moment du bac (1968, vous en avez entendu parler?), je crois que j'étais bien incapable d'envisager la suite. La seule chose dont je me souviens, c'est que j'avais certainement très envie, depuis longtemps déjà, d'être journaliste sportif. Mais je n'avais aucune idée de la filière à suivre pour cela.
J'aimais l'histoire. J'ai donc fait Histoire. A Censier, à la rentrée universitaire d'après 68, la rue était pleine du monde le jour des inscriptions. On aurait dit une manif. Je me souviens d'une pancarte d'un militant déjà post-soixante-huitard qui disait: "les inscriptions pour le chômage, c'est ici".
DUEL (qui deviendrait DEUG plus tard) au bout de deux ans, licence au bout de trois. Je ne voyais toujours pas la fin de... l'histoire, pour moi qui n'avais aucune envie d'enseigner. Ma chance, c'est que je connaissais un journaliste de L'Equipe. Par lui, j'ai commencé à faire des petits boulots à L'Equipe et à France-Football. A l'époque, c'était souvent comme cela que débutaient les journalistes, sans passer par les écoles de journalisme.
Tout en travaillant - essentiellement le soir et les week-ends - dans ces journaux dont rêvent tous ceux qui aspirent à devenir journalistes de sport, j'ai poussé un peu plus loin du côté de la Sorbonne. Autre coup de chance, au niveau de la maîtrise (aujourd'hui master), j'ai frappé à la porte du professeur de Paris I titulaire de la chaire de relations internationales, M. Jean-Baptiste Duroselle qui m'a proposé un sujet de mémoire ayant rapport avec le sport. C'était la première fois qu'un tel sujet était choisi à la Sorbonne (on ne peut pas dire que dans ces années d'après 68, le sport était très populaire à la Sorbonne!). Je parle de deuxième chance parce que le sujet - forcément nouveau - que j'ai traité (les aspects politiques et diplomatiques de la Coupe du monde de football) m'a permis de me faire remarquer un peu plus... à L'Equipe.
Seulement, les embauches étaient rares à l'époque. Je me suis alors lancé (comme pour patienter, grâce à l'aide que m'apportaient mes parents) dans une thèse de doctorat de 3e cycle, toujours avec Duroselle comme directeur de thèse, toujours sur un sujet sportif (la politique du sport en France entre les deux guerres). Au bout d'un an ou deux de recherches, comme j'ai été enfin engagé à L'Equipe, j'ai stoppé mes recherches, par manque soudain de motivation. Il me semble que mon professeur l'a alors plus regretté que moi.
La leçon que j'ai retirée de cette période, qui doit toujours être vraie 35 ans plus tard, c'est qu'il est très intéressant d'avoir "plusieurs fers au feu". J'avais la chance d'avoir une passion (le sport, mais cela aurait pu être autre chose) qui n'avait a priori pas grand-chose à voir avec mes études. Mais j'ai aussi eu la chance de faire coincider les deux.
Je pense que, si la voie du journalisme avait été bouchée, j'aurais passé les concours administratifs (affaires étrangères ou jeunesse et sport). En tout cas, le bagage universitaire m'a été très utile ensuite, et j'ai même pu me spécialiser à l'intérieur de la spécialité du sport. Je suis assez vite devenu le journaliste (de football surtout) à qui on demandait de traiter de sujets mettant en rapport sport et politique.
Mon parcours professionnel a ensuite ressemblé à une boucle. En 1987, j'ai participé à la création d'un quotidien concurrent de L'Equipe (Le Sport) qui a eu une courte vie. Après une période de chômage, j'ai changé de voie et j'ai créé un service de documentation pour les techniciens du football au centre technique qui se créait à Clairefontaine. Là encore, mes études m'ont été utiles car elles m'avaient permis de maîtriser les outils de la documentation (un stage d'informatique m'a juste permis de m'adapter aux nouvelles techniques).
Enfin, en 1997, je suis revenu à L'Equipe où je suis toujours.
Aujourd'hui, il m'arrive de participer aux "journées des métiers" qu'organise chaque année le lycée franco-allemand de Buc. Quand on a uniquement travaillé en presse écrite, il est certes difficile de faire passer un message à des lycéens désireux de devenir journalistes. La presse connait actuellement un grand bouleversement (Internet, presse gratuite, accès multimédias aux informations...) qui va transformer certainement le marché du travail dans ce secteur. La presse va changer, les journalistes aussi. Il n'empêche que seront avantagés ceux qui pourront disposer d'un bagage important dans plusieurs domaines:
- langues (totalement indispensable);
- culture générale nécessaire;
- quelques secteurs où ils seront plus pointus que la moyenne (ça peut être le sport, mais aussi tous les domaines de la culture, de la technique, de la science, de la politique...) et pourront ainsi avancer des domaines de prédilections auprès des employeurs.
C'est pourquoi j'encourage mes interlocuteurs désireux d'aller dans cette voie des medias: à la fois de se construire ce bagage (la voie universitaire reste un moyen intéressant), de tenter d'entrer dans les écoles de journalisme pour apprendre les bases du métier (comme dans tous les domaines de la communication ou du marketing, il y a de vraies bonnes écoles et des boites qui le sont beaucoup moins), mais aussi d'essayer de trouver des petits boulots (je sais que c'est de plus en plus dur et de moins en moins rémunérateur) qui leur permettront d'apprendre le métier sur le terrain et peut-être de se construire un premier réseau de relations (ça compte toujours).
Un dernier point personnel: j'ai un fils de 21 ans qui a fait des études de philo à Paris I après avoir obtenu le bac français-allemand du lycée de Buc. Il a fait cette année une pause, au niveau du master. Il est actuellement en Sibérie où il apprend le russe. Dans qques semaines, il rentre en France. Je ne sais ce qu'il va faire (le CAPES de philo, c'est un tout petit pourcentage de reçus chaque année, est-ce que ça vaut le coup?...) mais je me dis qu'avec ce qu'il a emmagasiné de connaissances et de culture en fac, plus l'allemand et le russe qu'il maîtrise, il devrait trouver sa voie. Peut-être dans un domaine qu'il n'imagine même pas lui-même: Il paraît que de plus en plus d'entreprises sont en train de découvrir que leurs cadres (souvent des scientifiques ou des commerciaux) ont des carences dans le domaine des sciences humaines et de la culture qui finissent par faire défaut à l'ensemble de ces entreprises. Voilà, espérons-le, des champs d'investigation inexplorés pour les nouveaux "littéraires".
Didier Braun
Par Une ancienne
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Publié dans : TEMOIGNAGES D'ANCIENS
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